SE SOUVENIR DU VASE DE POITIERS (Article invité)

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COUCOU C'EST NOUS
Poitiers, 10 octobre 2009. Y a d'la casse.
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Un institut de beauté, une agence de voyage, une librairie catho, une bijouterie, départ de feu à la Direction du Travail, une banque,un Bouygues-qui-construit-des-ballons, un France Telecom dont on ne peut décemment demander la démission du PDG, mais seulement le suicide, deux banques, un journal local, ...

Bon, nous sommes passés par ces rues.

Le plus vieux baptistère de France a été baptisé.
-"Les traces que nous laissons."

À même le patrimoine. Il faut avouer qu'on s'en fout, du patrimoine.

Toute trace des incandescences passées est monumentalement neutralisée.
Alors, faut ranimer un peu. Mettre de la couleur. Se souvenir de l'oubli des puissances.
« OMNIA SUNT COMMUNIA ».

Nous allons, nous manifestons à la rencontre de tout ce qui, dans le passé, nous attend.

Nous sommes passés par ces rues.


Sur les images, il y a des pleurs d'enfants.


"ON" voudrait que les enfants pleurent à cause de nous. Mais ils pleurent avec nous. Ce sont les mêmes larmes que nous avons versées, celles de la Séparation, des larmes contre ce monde.

La destruction, elle, est source de joie.
Tout enfant le sait, et nous l'apprend.


A propos du 10 octobre à Poitiers, des spécialistes ont parlé de la « stratégie du coucou » (cf. Le Monde du 13 octobre). Les manifestants se seraient fait passer pour des festivaliers.
Depuis le nid culturel squatté, ils auraient pris leur envol à grand
fracas.

La réalité est que la manifestation festive contre la prison de Vivonne avait été
appelée par voie d'affiches, et que la préfecture avait jugé négligeable de prendre des dispositions particulières.

La réalité, c'est d'abord un rassemblement masqué donc illégal : rien que des coucous.

Limite de la loi anticagoule, on n'interdit pas le carnaval.

Embarras des forces de l'Ordre.

Difficile de dire, en effet, où commence la fête.

On n'interdit pas le carnaval. Il y a donc masques et masques.

Ceux qui au fond ne recouvrent plus rien, et les autres, les nôtres, ceux des coucous.


Ce qui est visé par la loi, c'est une certaine façon de se masquer; se masquer en ayant de bonnes raisons de le faire, se masquer parce qu'on a quelque chose à cacher, ou plutôt, quelqu'un.

ON A TOUS QUELQU'UN A CACHER.


Ce jour-là, à bien y regarder, les coucous ne sont ni dans le festival, ni dans la manif.

Ce qu'ils squattent, c'est la société.


La condition de coucou, c'est, simplement, une existence révolutionnaire dans la société.
« Etre révolutionnaire », rien de plus problématique.

Ceux pour qui ça ne fait pas problème seront les premiers à se rendre, à faire de leur mode de vie une défaite.

Figés dans leur identité, et dans leur « fierté », et raides.

Ce qui est lâche, ce n'est pas la duplicité, ni la dissimulation.
Ce qui est lâche, c'est d'affirmer l'inaffirmable.
De se revendiquer « anarcho-autonomes », par exemple.


C'est de prétendre dire,
dans la langue de l'ennemi,
autre chose que des mensonges.


Il n'y a pas des révolutionnaires, pas d'identité révolutionnaire, mais des devenirs, des existences révolutionnaires.

Eh oui, nous autres coucous, il nous faut inventer, en même temps qu'une réalité tranchante, les moyens de tenir. Ou plutôt c'est la même chose, le même processus. La question est : qu'est-ce qui nous tient?

La génération des années 60 n'a pas su le faire, avec les années 80 comme excuse historique, et couvercle de plomb.

Nous autres, nous n'avons pas droit à l'erreur.


Jamais la situation n'a été aussi mûre; et pourtant,
le camp révolutionnaire est un
vaste chantier.
Même parmi les ruines, il faut déblayer le terrain, la place manque toujours pour construire autrement.
 

Jamais la situation n'a été aussi mûre; et pourtant,
tout ou presque reste à faire, et pourtant, nous avons le temps.
Il nous faut donc tenir,
tenir à ce qui nous tient.

Tenir, tromper l'ennemi. Déjouer les logiques de représentation, piéger la répression.


NOUS SOMMES TOUS DES COUCOUS.


Nés dans le nid de la domination, il nous faut grossir, devenir trop-grands pour son espace et ses coquilles vides. C'est ainsi : l'époque a dans son ventre les enfants qui lui marcheront dessus. Elle les nourrit, leur donne un semblant de « monde », elle n'a pour les choyer que ses flux toxiques, elle n'a que ses poisons.

S'ils en réchappent, ils la tueront. Ils la tueront de la plus noble, de la plus digne, de la plus belle des façons, enfin, comme on commet sans doute un MATRICIDE.

(Quelques casseurs.)

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