Anarchistes contre le mur....Prochainement dans l'hexagone..

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Messagede skankerror le Aujourd’hui, 8:44 am

Bizarre ...

http://caam.over-blog.com/article-28760057.html

Visite à Ilan Shalif

J’ai rencontré Ilan Shalif le 23 février 2009, dans sa petite maison des environs de Tel-Aviv. D’abord ouvrier, il s’est ensuite orienté vers des études d’écologie, ou de psychologie (je n’ai pas compris exactement). Depuis sa retraite, il consacre tout son temps à la cause pour laquelle il milite depuis 1967 : la lutte contre l’occupation des territoires palestiniens par l’armée israélienne. Il est l’une des grandes figures du mouvement conu sous le nom de collectif « contre le mur ».

Ce collectif s’est formé depuis 2001, par la réunion de plusieurs associations dont l’objectif commun est de s’opposer à l’édification du fameux mur de séparation. Ceux qui ont visité Israël ont pu en voir une portion dès la partie est de Jérusalem. En fait, ce mur sert aussi à empiéter sur de nouveaux territoires ; Ilan ne manque pas de le souligner. Avec ses camarades, en tout une trentaine de militants très actifs et déterminés, il n’hésite pas à affronter les autorités, en clair l’armée et la police, avec qui il a déjà eu mail à partir. Ils sont allés jusqu’à démolir eux-mêmes des morceaux de mur, ce qui a sensiblement retardé sa construction. Le pouvoir répond à ces courageux militants en les accablant de procès : actuellement, ils en ont une centaine sur les bras.

Le combat du collectif « contre le mur » présente un autre aspect essentiel : il se fait main dans la main avec les habitants des villages palestiniens. L’un d’eux est devenu le symbole de cette fraternisation dans la lutte : c’est Bil’in. Chaque vendredi, depuis plusieurs années, Ilan y participe à une manifestation conjointe, et il publie un compte-rendu sur leur site. Un documentaire a été réalisé, « Bil’in habibti » (Bil’in mon amour), qui malheureusement n’existe à ce jour qu’en version hébraïque et arabe.

J’essaie de questionner Ilan sur les événements de Gaza. Soit qu’il ait mal compris ma question, soit que j’aie mal compris sa réponse, il reste dans le vague. Je lui demande s’il se définit comme pacifiste. Il me répond que son action est avant tout politique, anti-autoritaire et anti-capitaliste. Son analyse est la suivante : l’état israélien se comporte en état colonialiste à l’égard de la population palestinienne. Le capitalisme israélien a davantage intérêt à exploiter les Palestiniens qu’à les expulser, ou pire encore à les exterminer. La solution pour Ilan n’est pas une paix qui préserverait le système capitaliste, mais l’abolition de ce système et son remplacement par la seule alternative qui vaille à ses yeux : le communisme libertaire. Le mot d’anarchie ne semble pas le gêner, mais il préfère se définir comme communiste libertaire. Il précise qu’il adhère aux idées de Marx dans le domaine économique, mais pas dans le domaine politique.

Je demande à Ilan s’il s’intéresse au combat laïc. Lui-même se présente clairement comme incroyant. Il me fournit quelques données statistiques : Israël compte au total 25% de religieux, 10% d’ultra-religieux, 6% d’athées, et tout le reste est plus ou moins agnostique. Donc, le poids du religieux dans la société israélienne n’a pas de justification mathématique. Encore une fois, c’est une affaire politique.

Ce qui frappe chez Ilan, dans un pays où tout le monde a peur, c’est son absence totale de peur. Quand je lui demande si je peux citer son nom, ça l’amuse : bien sûr, puisque son nom apparaît tant et plus sur Internet. J’ai appris depuis que c’est en effet un homme connu et admiré pour son courage et son énergie, car il est déjà âgé et d’une santé fragile. Je lui demande s’ils ont des contacts avec les camarades des pays voisins, Jordanie, Liban. Il me dit que non, car ce serait trop dangereux : ils sont tous très surveillés. On est dans un pays en guerre !

Ma dernière question à Ilan :comment peut-on les aider ? Il me dit qu’ils ont des soutiens en Europe, notamment en Hollande. On peut faire connaître leurs activités, et aussi le fameux documentaire, qui sera peut-être bientôt adapté en français. Sans qu’il me le dise ouvertement, je comprends qu’ils ont besoin de soutien financier : ils ont d’énormes frais de justice.

Je remercie beaucoup Ilan de son accueil. Je n’ai qu’un regret : notre conversation aurait pu être beaucoup plus intéressante encore sans la barrière de la langue. Nous nous expliquons en anglais, un anglais bien hésitant de mon côté. Je tiens à remercier mon frère, qui a assuré brillamment la traduction simultanée.

N’en déplaise à sa grande modestie, Ilan pourrait être un Gandhi. Mais, en dehors de la planète libertaire, personne ne parle du mouvement « contre le mur ». Tous les pouvoirs, qu’ils soient politique, religieux ou médiatique, préfèrent la guerre : c’est plus rentable.


http://caam.over-blog.com/article-30293378.html

Réponse d'Ilan Shalif

(Au cours de nos discussions, j’ai demandé à Ilan Shalif, militant du mouvement israélien « anarchistes contre le mur », ce qu’il pensait de la création d’un état palestinien. Voici sa réponse) :

La solution au problème de la Palestine ne peut être ni un Etat double ni un Etat unique. Ce ne peut être que la solution du Sans-Etat (1). La solution du Sans-Etat appelle au démantèlement de l’Etat d’Israël et au renoncement à toute tentative d’établir un Etat Palestinien.

A la place, les populations résidant sur le territoire de la Palestine historique évolueront vers une forme avancée de société décentralisée, en une association de communautés autonomes sur les bases de la démocratie directe. On abolira toute forme de gouvernement représentatif.

Ce bond-en-avant historique devrait également aussitôt gagner le Liban et la Jordanie, deux états artificiels créés par les impérialistes occidentaux, après la dissolution de l’Empire Ottoman.

La solution du Sans-Etat permettrait aux habitants de la Palestine d’évoluer hors des unités territoriales gouvernées par les classes régnantes capitalistes, que ces classes se définissent en termes d’ethnies, de races , ou de religions, ou par les pseudos droits civiques du libéralisme humaniste laïque. Le vrai problème est l’Etat-Nation lui-même, non la question de savoir s’il est religieux ou laïque, ethniquement (ou racialement) homogène ou pas, mono ou multi culturel, libéral ou conservateur.

La victoire historique du marxisme sur l’anarchisme au XIX° siècle est à l’origine de la marginalisation des anarchistes et leur éloignement de l’arène politique pendant plus d’un siècle.

Par ailleurs, le système d’Etat-Nation contrôlé par le capitalisme est si puissant et enraciné qu’il est difficile de raisonner en dehors de ce cadre, et peu de gens l’ont fait.

Aujourd’hui, cependant, quelques voix novatrices s’expriment dans ce sens, ainsi celle de Bill Templer(2) ou Uri Gordon(3).

Les Forces de Défense israëliennes ont arraché des centaines de pieds d’olivier près de la ville de Nilin. Des palestiniens ont protesté contre cet acte aux côtés de membres d’Anarchistes contre le Mur, un groupe anarchiste israëlien. Certains de leurs membres font actuellement une tournée aux Etats Unis, et sont venus à Cambridge le mois dernier. Photo par Karen Manor/Activestilles.org

Le défaut, avec la solution de l’Etat double, c’est qu’elle reconnaît la légitimité de l’Etat Sioniste d’Israël, et lui reconnaît ainsi le droit d’exister. Mais Israël n’a, en aucun cas, le droit d’exister. Elle fut fondée sur l’expulsion violente des natifs (et propriétaires de droit) de la Palestine (environ 750.000 personnes). La campagne terroriste Sioniste d’épuration ethnique, qui dure maintenant depuis près d’un siècle, n’a été possible que parce que les puissances impèrialistes occidentales, particulièrement les Etats Unis, l’ont soutenue, par des aides massives, autant militaires que financières et politiques. Pour rectifier cette monumentale injustice historique, il est nécessaire de démanteler l’Etat militaire et raciste d’Israël et d’accorder le droit de retour aux réfugiés palestiniens, qui sont à présent au nombre de 5 millions de personnes.

Et ceci a toujours été l’intention des mouvements de libération palestiniens, si ce n’était pas toujours celle de ses leaders, ou de certains intellectuels occidentaux. En ce qui concerne les leaders, l’ Organisation de Libération de la Palestine ou Hamas ont tous deux finis par accepter la solution de l’Etat double. Quant aux intellectuels , Noam Chomsky a toujours ( et pas plus tard que le mois dernier) apporté son soutien au projet de l’Etat double. (Comment se fait-il, à ce propos, que Noam Chomsky, qui se prétend anarchiste, ne propose jamais de solution anarchiste à aucun sujet d’actualité ?). Aussi, pourquoi n’a-t-on pas créé deux Etats ? Parce que l’Israël sioniste ne veut pas d’un Etat de Palestine. Son but, depuis le début, a toujours été de s’approprier toutes les terres de Palestine – et encore plus de terres du Liban, de la Syrie, de la Jordanie, et de l’Egypte pour un Grand Israël, et d’épurer les terres de tous leurs habitants non-juifs.

De plus, l’annexion Sioniste de terres palestiniennes a procédé avec un tel acharnement qu’il ne reste à présent que peu de terres sur lesquelles baser un futur état Palestinien. Les Palestiniens ont été cernés et emprisonnés dans Gaza et de nombreuses autres enclaves isolées, style Bantoustan, en Cisjordanie. Ils ne contrôlent rien. Israël a effectivement rayé la solution de l’Etat double de son agenda.

Par ailleurs, suite à la terrible et atroce politique Israëlienne, faite de massacres, de bombardements et d’invasion, ces dernières années, à Jenin, au Liban, et désormais à Gaza, suite à des décennies d’agressions violentes sur les palestiniens, en passant par l’assassinat ciblé de leurs leaders, les démolitions d’habitations, les blocus, le Mur, les meurtres arbitraires, la destruction de vergers et oliveraies, le détournement de sources d’eau, la strangulation économique, les emprisonnements sans procès , les tortures, la famine, la restriction des déplacements, la destruction de la société civile et de l’infrastructure, et ainsi de suite ad nauseam, quel individu sensé pourrait encore envisager la perpétuation d’Israël au Moyen Orient ? Ces crimes sont tellement au-delà de l’inadmissible, qu’ils ont détruit à tout jamais les options de légitimité d’Israël, ou le moindre désir de vivre en paix avec l’Etat d’Israël.

Et nous en venons donc à la solution d’un Etat unique, qui est plus fréquemment envisagée de nos jours, et parfois défendue avec le plus grand sèrieux.(4)

Ses partisans envisagent un seul état laïc pour la Palestine historique où les droits civiques de tous les citoyens seraient garantis, et où les gens de religions et ethnies diverses vivraient ensemble dans l’égalité, la liberté, et la paix. Un tel état signifierait bien sûr la fin du projet Sioniste, et se trouve donc rejeté avec force par les Israëliens Sionistes.

En vérité, l’état laïc ne devrait recevoir aucun appui. Ses prétendus bénéfices sont en grande partie du domaine du mirage. Il n’y a guère d’exemple, de par le monde, d’un état-nation qui ne pratique une discrimination grave contre ses minorités raciales ou ethniques, sans parler de l’ oppression apparemment indéracinable de la moitié féminine de la race humaine, ni de l’exploitation affirmée et universelle de la classe ouvrière. A de rares exceptions près, les états-nations du globe sont tous sous contrôle capitaliste. Les rares exceptions à tomber entre des mains socialistes finissent toujours, de toute façon, par pactiser avec les capitalistes. Pendant des décennies, les marxistes ont rédigé des critiques détaillées de la ‘démocratie bourgeoise’, ainsi qu’ils l’appelaient, la dénonçant comme une supercherie. Les anarchistes ont fait de même. Kropotkin a publié il y a 124 ans, en 1885(5), une attaque cinglante à l’encontre du gouvernement représentatif. C’est comme s’il l’avait rédigée l’an dernier à peine, pour notre seule gouverne.

Des bombes au phosphore israëliennes explosent au dessus des bâtiments de l’ONU à Gaza, lors d’une attaque récente. Des actes de guerre de ce genre continuent de saper tout espoir d’un état partagé , ou d’états séparés vivant en paix. Photo d’UNRWA.

L’ère du gouvernement représentatif arrive à sa fin. Il est impératif que nous veillions à ce qu’elle s’achève vraiment.(6)

Voilà pourquoi il est important d’appuyer la solution de Sans-Etat en Palestine. Le fait qu’elle semble actuellement impossible est une raison de plus de s’efforcer de mettre l’idée en route, afin de mettre la proposition sur la table. C’est la 1° étape. C’est la seule façon de commencer à voir comment s’y prendre. Somme toute, un monde décentralisé, sans capitalisme et sans états, semble infaisable où que ce soit. Mais peut être pas. Il nous faut commencer à nous battre pour ce que nous voulons, et pour ce qui est juste, non pas pour ce que nous pensons pouvoir obtenir. L’organisation sociale de la planète doit être changée fondamentalement si nous autres, humains, pouvons espérer survivre aux crises sans précédents qui, désormais, nous attendent, et pouvons espérer de créer une société viable et durable.

Notes

(1) William Bowles, “The Final Solution is a No-State Solution”, sur le web :

http://www.creative-i.info/?p=4296

Ce court article qui parut sur le web les 28/29 Janvier, n’a pas pour sujet l’idée anarchiste de solution de Sans-Etat telle que développée dans le présent essai, mais le lien idéologique Sioniste avec le Nazisme, et avec une doctrine prônant l’élimination des individus ‘impurs’ d’une population ou d’un territoire. ‘Sans-Etat’ , dans le sens de Bowles, signifie les Palestiniens n’obtiendront ni la solution d’un Etat Unique ni celle d’un Etat Double. Ils n’obtiendront rien, aucun état. Ils seront éliminés ou expulsés, et ‘Israël’ sera ethniquement épuré.

(2) Bill Templer, “Reclaiming the Commons in Palestine/Israël : Ya Basta !/Khalas !” sur le web à : <http://mrzine.monthlyreview.org/templer230708p.html>

(3) Uri Gordon, “Homeland : Anarchy and Joint Struggle in Palestine/Israël”, Ch. 6 in his Anarchy Alive !

(4) Ali Burinimah, “One Country : A Bold Proposal to End the Israeli/Palestinian Impasse”
and Joel Kovel, “Overcoming Zionism :Creating a Single Democratic State in Israel/Palestine”.

(5) Peter Kropotkin, “Representative Government” Ch. 13 in his Words of a rebel

(6) Une bibliographie littéraire discréditant le gouvernement représentatif est disponible en ligne à :

http://www.neanarchist.net/antielect08/bib

intitulée “ Resource List for the Anti-Elections / Pro Anarchy Campaign”
skankerror
 



Re: Anarchistes contre le mur....Prochainement dans l'hexagone..

Messagede les amis du négatif à l'oeuvre 

Comment ne pas saluer l'excellence de cette contribution? Nous nous employons en conséquence à lui apporter soutien et diffusion sur nos pages (nosotros.incontrolados, TAZ, Bâtisseurs d'Abîmes).
Nous remercions également l'auteur de cette belle réponse, de cette remarquable entrée dans le débat ainsi que Ilan pour les précisions qu'il apporte.
Bien fr@ternellement.
(les amis du négatif à l'œuvre)
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les amis du négatif à l'oeuvre

Publié dans GUERRE-CONTROLE SOCIAL

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