Marcel Mariën L'évidence énigmatique

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Mercredi 8 avril 2009
Ci dessous lien clicable vers le blog de Agathe D, où a été publié ce Chouette Marcel-là!)

"La plaie du monde définie les remèdes et les chants."
WEININGER


Marcel Mariën

« L’évidence énigmatique »


Aux éditions les lèvres nues.
Extraits: Le divorce chimique

Elle se dépareille
Elle se désaccorde
Elle se dépossède
Elles se désempare
Elle se déconcerte
Elle se déboussole
Elle se désentrave
Elle se déprend
Elle se décompose
Elle se déconsidère
Elle se délaisse
Elle se dénoue
Elle se déracine
Elle se désaffecte
Elle se désengrène
Elle se désunit

Parfois j’ai horreur de ma chambre
Parce qu’elle ne contient que moi
Parfois je la fuis
Pour mieux y revenir
Je me serre contre moi
Je suis ma bête noire
Le secret de la douleur
C’est que l’on sait qu’elle doit cesser
Mais qu’on ne peut attendre
Elle tue l’impatience
L’impatience; cimetière ensoleillé.
Quand il n’est plus habité que par l’oubli
Mon corps chante
Dans le temps qui tourne
Et se retourne
Il est n’importe quelle heure
À l’horloge du moment
Mon désir s’envole
Mon plaisir s’étrangle
Ma peine se noie
Mon corps n’existe plus qu’aux yeux des autres

(...)

Ma misère est ma joie
Le sol est mon ciel
Mon coeur est de glace
Mon corps est de feu
Le temps a sonné
Mais le temps est intenable
Car le temps est perdu
Valse des murs, envol des mains disjointes
Je me délimite et je me désencombre
Croyant à qui parler
J’ai faim d’un incendie
J’ai soif d’une collision de lèvres
Livrée à la joie
Livrée à la terreur
Livrée à la chambre
Comme le chrétien aux lions
Je frissonne entre ses murs froids
Ses bras grands ouverts
Qui se fermeront sur moi
Au jour de l’éboulement
Le regard intérieur
Débouche sur une impasse
C’est au désert
Qu’on est à l’étroit
Le regard extérieur se heurte
Aux murs aux meubles aux mains
Comme un sourire de douleur
Clamant la victoire du chagrin sur l’ennui
Je campe mon portrait en pied
Au plus haut de la chaise
La septième ciel
Précède le huitième
Qui est une voûte de terre
Eblouie par les fastes
Du monde inhabité
Dans le silence allègre
De mes gestes blessés
Je danse sans chair et sans musique
Et vienne le jour
Où le monde vieillira sans moi
Je souris à la face invisible
Vautour de l’amour, colombe de la haine
De la terre éprise comme la pluie
par Agathe D

Publié dans LITTERADURES

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