DEMOCRATIE, TASER-VOUS

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Taser, ou plutôt SMP Technologie est un spécialiste de la fourniture d'armement prétendument non létal. Au delà du fameux X-26, le fameux pistolet taser, cette société est aussi spécialisée dans le drone de contrôle...

Cette société a débuté dans le marché des particuliers et de l'autodéfense, basant l'ensemble de sa stratégie sur la peur de l'agression ! Pas étonnant, donc, de retrouver dans sa communication le même type de discours que celui qu'on retrouve aujourd'hui dans une société qui se voudrait sécuritaire officiellement, se servant d'une peur instaurée avec l'aide des médias... Pas étonnant non plus de retrouver, dans l'actionnariat de cette société certains noms connus...

  • Goldman Sachs, une banque d'affaire américaine (qui s'est fait connaitre du grand public lors de la découverte de l'affaire des subprimes), principal actionnaire
  • Bjurman, Barry & associates, fond de pension américain
  • Barclay's (qui se targue d'être un défenseur des droits de l'homme !), banque britannique
  • mais aussi, hormis les frères Smith, fondateurs de cette société, quelques noms bien connus des français, tels Axa, BNP Paribas ou le Crédit Agricole...

Leur produit phare, le X-26 équipe non seulement les polices de nombreux pays (US, Canada, Royaume-Uni, France, Australie, Corée du Sud, Allemagne, Espagne, Autriche, Suisse, Finlande, Suède et République Tchèque), mais aussi l'armée américaine présente sur le territoire irakien, les prisons US et canadienne et même certaines compagnie aériennes (United Airlines et Korean Airlines).

La plus grosse marge bénéficiaire de cette société se fait non pas sur la vente des pistolets eux-même, mais sur les recharges ! D'où un intérêt, pour elle, à ce que ces pistolets servent, quitte à en minimiser les effets ! La campagne « publicitaire » de cette société a d'ailleurs longtemps tourné autour d'image de prisonniers « flashés », dans le dos sur certaines images, ou de « flashage » lors de contrôle routiers ordinaires... On instaure même des campagnes de test pendant lesquelles les futurs utilisateurs sont à leur tour « flashés », même s'il n'est bien sur pas annoncé clairement que ces tests se font à des intensités bien inférieures et pour des durées de « flashage » inférieures elles aussi à ce que subiront les futures victimes ! Mais il faut implanter dans les esprits « le tir automatique », au mépris même du danger ! Car danger, il y a ! Le Réseau d'Alerte et d'Intervention pour les Droits de l'Homme (RAIDH) recense plus de 200 cas de décès suite à l'usage de taser aux États-Unis et au Canada, dont un cas suite à l'utilisation répétée sur une femme enceinte de 6 mois ! Amnesty International précise même que, pour une vingtaine de cas au moins, la responsabilité directe du taser avait été relevée par les tribunaux américains !

Mais le marché est juteux ! Rien que pour l'année 2003, la progression du résultat net est de 1451 % ! On comprend mieux, même si la polémique qui sévit depuis quelques mois autour du taser a obligé la direction de ce groupe à recentrer sa communication, pourquoi face à de tels bénéfices possibles, la recherche de dénigrement et d'étouffement de toute tentative de contestation de cette arme soit à ce point utilisée par la direction, allant même jusqu'au ridicule de l'affaire Besancenot !

Mais les voix qui dénoncent cette arme sont nombreuses !

Depuis 1999, Amnesty International, s'appuyant sur un premier rapport très détaillé sur les risques du pistolet à électrochocs, recommande de suspendre l'usage de ces armes ! Plus grave encore, cette accusation d'Amnesty International : « il est établi que des agents de police ont recouru à ce type d’arme contre des personnes en garde à vue (…) Ces armes peuvent provoquer de vives douleurs sans laisser de marques visibles sur le corps et ouvrent, de ce fait, la porte à tous les abus. » (février 2003)

Amnesty International publie le rapport : États Unis. Usage excessif de la force ? La police et les pistolets paralysants (AMR 51/139/2004) Cette étude indique que « les recherches effectuées par Amnesty International démontrent que ces pistolets sont utilisés dans des circonstances qui ne justifient ni le recours à la force meurtrière, ni même l’utilisation de matraques. Par ailleurs, l’organisation est préoccupée par le nombre croissant de décès liés à l’utilisation de ces armes par la police. Au cours des trois dernières années, plus de 70 personnes seraient mortes (NDLR : depuis Janvier 2001) aux États-Unis et au Canada après avoir été atteintes par des pistolets incapacitants M26 ou X26 ; » (novembre 2004 - Extrait du communiqué de presse du 30 novembre 2004 : « Maniables et simples d’utilisation, car il suffit d’appuyer sur un bouton pour infliger une forte douleur sans laisser de marques importantes sur la peau, les armes à décharges électriques peuvent facilement être utilisées de manière abusive »)

un communiqué de presse du procureur général (attorney general) de l'État d’Arizona déclare que Taser international a modifié l’ensemble de sa communication sur ses produits depuis qu’une enquête est conduite par ce bureau. L’enquête initiée en janvier 2005 concernait précisément les déclarations de Taser international sur le caractère inoffensif des armes commercialisées. Le procureur général était tout particulièrement préoccupé par la possibilité que les détenteurs de Taser puissent mal interpréter les risques associés aux armes à décharges électriques. L’entreprise a décidé de modifier les éléments de description des armes commercialisés en rédigeant une liste de 18 avertissements relatifs aux dangers liés à l’arme, en changeant la qualification de l’arme, « de non mortelle (non lethal) à « moins mortelle » (less lethal). (décembre 2005)

...

Malgré de nombreuses préoccupations de la part d'associations mais aussi de l'ONU elle-même concernant ce fameux taser (le comité contre la torture de l'ONU déclarera même, en décembre 2007 : « l'usage de ces armes provoque une douleur aigüe, constituant une forme de torture, et dans certains cas, il peut même causer la mort »), l'état français lance, en avril 2006, un appel d'offre qui est loin d'être clair !

En effet, deux ans avant l'appel d'offre de monsieur Sarkozy, ministre de l'intérieur, celui-ci déclarait déjà qu'il s'apprêtait à passer commande de TASERS, citant nommément la marque ! Mieux, 7 mois avant cet appel d'offre, le taser était déjà testé et plusieurs centaines de ces tasers étaient déjà fournis aux policiers et gendarmes !

Peut-on aussi parler des différents essais de drones, tous fournis par cette même société SMP, qui sont effectués par les forces de police ?

Le contrat est donc, en septembre 2006, remporté par taser devant ses concurrents (car il y en a, le marché de la mise à mort se portant bien), pour la modique somme de 7 483 880 € pour 3000 tasers et accessoires...

Mais l'histoire ne s'arrête pas là !

Fort de cette « réussite », taser veut maintenant s'implanter dans les mains de nos gardes champêtres, pompeusement renommés policiers municipaux ! Et même si il a été relevé que, dans 83 % des cas, les gendarmes utilisant un taser le font sans respecter les procédures d'usage recommandées, et si, dans au moins un cas en France, la responsabilité du taser dans la mort d'une personne est relevée, notre ministre de l'intérieur, madame Alliot-Marie a autorisé cette mesure ! Elle a pourtant, une nouvelle fois, été prévenue par Amnesty International, notamment, que « la capacité d'infliger une douleur sévère par des décharges multiples et prolongées font que ces armes se prêtent intrinsèquement aux abus »...

Mais le populisme sécuritaire et les bénéfices sont à ce prix !

Et les maires qui osent mettre en doute le bien fondé d'une telle décision, telle Martine Aubry à Lille, se voient aussitôt attaqués en justice par SMP Technologie !

On vous l'a dit, le marché est juteux !!! Alors qu'importe la réalité, qu'importe le nombre de morts qui seront causés par le taser, qu'importe la torture qui sera imposée par cette arme aux multiples facettes !

Mais ce n'est pas tout ! Parce que, si, officiellement, le marché du taser est fermé au public en France, il n'est pas difficile d'en trouver en surfant sur les sites de vente en ligne ! Mieux, certains site proposent même de fabriquer, à partir d'un téléphone portable ou d'autres accessoires, votre propre taser !

Quand à nous, nous pouvons nous attendre à ce que les manifestations et les interrogatoires qui les suivront soient électriques ! Mais rassurons-nous, tout se fera sous l'œil bienveillant de la raie publique et de son fier représentant (de commerce) Sarkozy !

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Les amis du négatif à l'oeuvre 27/10/2008 19:11

Mis à part le fait que "la justice" ait "tranché" (question d'habitude, voir le dernier rasoir) cette fois en faveur d'un jeune "tazérisé" par un CRS...(abusivement, croit-on lire, parce que autrement ce serait sans doute très bien?)...on notera que de plus en plus, y compris dans les "alter-média" la forme rédactionnelle prend étrangement des tournures relavant d'une littérature de corps de garde pour ne pas dire de commissariat. Tu lis un édito et t'as tout de suite l'impression que tu vas en prendre pour vingt ans si tu ne passes pas à table! Ce ne sont plus des articles mais des P.V de garde à vue-à-vie! Passons...on relaie, juste pour l'info...
Pour la Justice, le jeune "tasé" ne menaçait pas la police

Par Rémi Leroux | Rue89 | 27/10/2008 | 13H05












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Le 21 octobre, à Marseille, un CRS avait fait usage de son Taser contre un jeune sans-papiers présenté comme menaçant.

Le jeune homme sans-papiers interpellé à Marseille la semaine dernière après avoir reçu une décharge de Taser a été relaxé du chef de "violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique". L'argument de la "légitime défense" avancé par le CRS qui a fait usage de son pistolet électrique tient-il encore la route après cette décision de Justice?









Taser débouté face au collectif Raidh




Lundi 27 octobre, le distributeur de Taser en France, la société SMP Technologies d'Antoine Di Zazzo, a été déboutée une nouvelle fois par le tribunal. Taser France avait porté plainte contre le collectif Raidh, accusé d'avoir "dénigré la marque" et "outrepassé les limites de sa liberté d'expression" dans le cadre de la campagne anti-taser du collectif. "Pour le juge, Antoine Di Zazzo n'était même pas fondé à poursuivre dans la mesure où il n'est pas propriétaire de la marque", précise le Raidh qui a obtenu 2000 euros au titre des frais de justice. En mars, Di Zazzo avait déjà perdu devant Amnesty International, qu'il avait également poursuivi.








L'article du quotidien régional La Provence relatant les faits s'ouvrait prématurément sur cette question: "Le Taser a-t-il sauvé une vie en venant se substituer à une arme de service?", relayant ainsi la position des deux principaux syndicats de police, l'Unsa CRS et Alliance.
Le CRS s'est senti "menacé"
La scène s'est déroulée mardi 21 octobre en fin de journée à Marseille après une course-poursuite sur un chantier entre deux fonctionnaires de la CRS 55 et un groupe de cinq personnes qui tentaient de leur échapper. Ces dernières auraient jeté des pierres et des bouteilles en direction des policiers. C'est alors qu'il était surplombé par quatre des cinq individus que le CRS, se sentant "menacé" selon le parquet de Marseille, a fait usage de son arme.
Dans un premier temps présenté comme mineur dans la presse, le garçon victime de la décharge de 50000 volts serait en fait majeur, tout comme d'ailleurs le deuxième jeune homme arrêté. "Ils ont fait l'objet d'examens radiologiques et osseux confirmant leur majorité", précise le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest. Tous les deux sont sans-papiers.
Dès l'information parue dans la presse, l'Observatoire des violences policières illégitimes de Marseille a fait savoir qu'il resterait "prudent quant à l’interprétation possible de ces faits." De quelle nature était la menace? Y a-t-il eu "légitime défense", comme l'ont fait valoir les syndicats de police?
Relaxé du chef de "violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique"
Jeudi dernier, les deux jeunes hommes interpellés ont été jugés en comparution immédiate et s'ils ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis et interdiction du territoire national de un an pour infraction à la législation sur le séjour des étrangers, ils ont en revanche été relaxés du chef de "violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique".
La Justice a estimé que rien ne permettait de dire, en l'espèce et jusqu'à preuve du contraire, que les deux jeunes sans-papiers avaient représenté une menace pour les CRS en service.
Dans ces conditions, l'argument de la "légitime-défense" avancé par les policiers pour justifier l'usage de l'arme électrique tient-il encore la route? Le coup de Taser se justifiait-il? Oui, a estimé le parquet de Marseille, Jacques Dallest confirmant ce matin avoir fait appel de la décision de relaxe:

"Le tribunal n'a pas la même vision que la nôtre et a estimé que les faits n'étaient pas caractérisés. Pour notre part et compte tenue des circonstances, nous pensons que cela n'invalide pas l'usage du Taser.
"Je ne dis pas qu'il s'agissait d'un guet-apens mais d'un contexte particulier: une fin de journée sur un chantier désert où un CRS s'est retrouvé à un moment face à quatre individus menaçants."

Il a également rappelé que l'usage du Taser était soumis à trois conditions principales: la légitime défense, l'état de nécessité et l'interpellation selon l'article 73 du code de procédure pénale (dans le cadre d'un flagrant délit).